En février 2025, la Direction générale des entreprises (DGE), avec le ministère de la Santé et la Cnam, a publié la méthodologie d’évaluation de l’empreinte carbone des médicaments — aussi appelée éco-score ou score carbone du médicament — apportant le référentiel commun qui manquait.
Le 28 octobre 2025, le ministère a publié la liste des 18 molécules pilotes sur lesquelles le dispositif s’applique en priorité. À compter d’août 2026, l’intégration d’un critère environnemental deviendra obligatoire dans les marchés publics de médicaments, en application de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021.
Éco-score du médicament : de quoi parle-t-on exactement ?
Une précision sémantique s’impose. L’expression « éco-score du médicament » ne désigne pas une note alphabétique de A à E façon Nutri-Score. Il s’agit d’une méthodologie d’évaluation aboutissant à une valeur quantitative, exprimée en kilogrammes d’équivalent CO₂ par présentation de médicament.
Le terme exact retenu par le Leem est « méthodologie d’évaluation de l’empreinte carbone du médicament ». Sa fonction : comparer deux produits thérapeutiquement équivalents pour identifier le moins émissif, à efficacité clinique constante.
SCORE CARBONE = X kg CO₂éq par présentation de médicament
Périmètre : matières premières → fabrication → distribution → usage → fin de vie
Ce score carbone ne remplace pas les critères cliniques. Il vient s’ajouter aux exigences de qualité, d’efficacité et de sécurité, qui restent prioritaires. Il en devient un critère complémentaire d’arbitrage, principalement dans les marchés publics hospitaliers.
Pourquoi l’empreinte carbone du médicament devient un enjeu prioritaire
Pour la première fois en France, le rapport du Shift Project publié le 17 juin 2025, en partenariat avec la CNAM, le HCAAM et MGEN, a chiffré l’empreinte carbone du secteur sur données physiques.
-
9,1 Mt CO₂éq
émises par an par les médicaments consommés en France (Shift Project, 2025)
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65 kg CO₂éq / kg
de principe actif, soit 105 fois l’intensité carbone du ciment
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−68 %
de potentiel de décarbonation à 2050 pour les industries du médicament
➤ L’empreinte se répartit sur trois postes :
- 25 % liés à la production des principes actifs, principalement fabriqués en Asie où les mix énergétiques sont fortement carbonés
- 30 % liés aux activités de R&D et corporate (essais cliniques, achats de biens et services, déplacements professionnels, congrès médicaux)
- 7 % liés à l’usage des gaz médicaux (environ 650 000 tonnes CO₂éq par an)
Sans le médicament, l’équation de décarbonation du système de santé ne tient pas. La feuille de route de planification écologique, lancée le 22 mai 2023, fixe un objectif de réduction de 5 % par an des émissions sectorielles jusqu’en 2050. Sans référentiel commun, comparer deux présentations restait impossible. La méthodologie publique répond à ce besoin.
La méthodologie DGE en deux outils : matrice de calcul et guide d’accompagnement
Le cadre publié sur le site de la DGE début février 2025 se compose de deux livrables complémentaires :
Tableur structuré qui décline les postes d’émissions sur l’ensemble du cycle de vie du médicament, depuis la fabrication jusqu’à la fin de vie, en passant par la distribution et l’usage.
Document méthodologique qui explicite les hypothèses, les facteurs d’émission à mobiliser, les règles d’allocation et les niveaux de qualité de données admissibles. Indispensable pour assurer la cohérence inter-laboratoires.
Une hiérarchisation des données : du spécifique au générique
➤ La méthodologie privilégie systématiquement les données les plus spécifiques disponibles, puis bascule sur des bases reconnues lorsque l’information manque :
- Données spécifiques issues du laboratoire ou de ses fournisseurs (ACV produit, scopes 1-2-3 des sites de formulation, données fournisseurs sur les principes actifs et les conditionnements)
- Données génériques issues de bases environnementales reconnues : Base Empreinte® de l’ADEME, Ecoinvent, Exiobase
Les normes ACV mobilisées sont l’ISO 14040, l’ISO 14044 et l’ISO 14067 (spécifique au calcul de l’empreinte carbone d’un produit). Cette hiérarchisation permet une montée en charge progressive du dispositif sans exclure les laboratoires en début de démarche.
Le périmètre couvre l’ensemble du cycle de vie, de la production des matières premières à la fin de vie du médicament, en passant par la fabrication, la distribution, l’usage et le retrait du marché.
Les 18 molécules pilotes et le calendrier d’application 2026
Le 28 octobre 2025, le ministère de la Santé a publié la liste des 18 premières molécules concernées par l’évaluation carbone. Trois critères ont guidé la sélection : un gisement carbone significatif, aucun risque de rupture d’approvisionnement, un potentiel de décarbonation identifié.
➤ Liste officielle des 18 molécules (par ordre alphabétique)
Ce périmètre couvre des analgésiques (avec et sans opiacé), un anti-inflammatoire, un antispasmodique, les inhibiteurs de la pompe à protons, des antiépileptiques, un anti-arythmique, un antipsychotique, un diurétique et un immunosuppresseur. Le ministère précise que la liste a vocation à s’élargir progressivement. Les laboratoires sont invités à concentrer leurs efforts de collecte de données sur ces 18 molécules.
Le calendrier d’application de l’éco-score du médicament en deux temps
Les modalités d’application figurent dans la note d’information n° 2025-153 publiée au Bulletin officiel santé-protection sociale-solidarités.
- Premier trimestre 2026 : montée en charge progressive. Les établissements de santé et médico-sociaux, quel que soit leur statut, sont encouragés à intégrer le score carbone comme critère d’évaluation des offres pour les 18 molécules. Le Shift Project recommande une pondération d’au moins 10 % dans la note globale.
- Août 2026 : intégration obligatoire. En application de la loi du 22 août 2021 dite « Climat et Résilience », l’intégration d’un critère environnemental devient obligatoire dans les marchés publics. Le score carbone est le levier identifié pour les marchés de médicaments.
Deux points de vigilance maintenus par le Leem
1) L’empreinte environnementale ne se limite pas au carbone : biodiversité, pollution chimique, consommation d’eau restent à intégrer dans les évaluations futures.
2) Le score carbone ne doit jamais primer sur les critères de qualité, d’efficacité et de sécurité pour le patient.
Éco-score du médicament : un levier de transformation pour toute la chaîne du médicament
La méthodologie concerne plusieurs maillons de la filière, au-delà des seuls achats hospitaliers.
Laboratoires pharmaceutiques
Intégrer le score carbone dès la conception galénique (choix d’excipients, formulation, packaging) et dans les arbitrages d’industrialisation.
Acheteurs hospitaliers et médico-sociaux
Intégrer un critère carbone vérifiable dans les appels d’offres, en anticipation de l’obligation d’août 2026.
Sous-traitants et CDMO
Structurer leur reporting ACV pour répondre aux exigences des donneurs d’ordre.
Pharmaciens et prescripteurs
À terme, orienter le choix entre médicaments génériques équivalents sur la base d’un critère carbone documenté.
Le poids carbone de la relocalisation
Le rapport Shift Project chiffre ce que d’autres se contentent d’évoquer. La production d’un médicament en France réduit ses émissions de 50 % par rapport à une production en Chine. Une production en Europe les réduit de 40 %. À ces gains carbones s’ajoutent une meilleure résilience des chaînes de valeur et un renforcement de la souveraineté sanitaire.
Pour un acheteur public, la relocalisation devient un argument carbone documenté, et plus seulement industriel ou politique.
NEPSEN Transition vous accompagne sur l’empreinte carbone médicament
Pour les laboratoires, sous-traitants pharmaceutiques et établissements de santé, la nouvelle méthodologie ouvre un chantier exigeant : collecter la donnée, sécuriser les hypothèses, structurer un reporting auditable.
NEPSEN intervient sur les volets suivants :
- Réalisation d’ACV produit selon ISO 14040, 14044 et 14067, intégrant Ecoinvent 3.12 et la Base Empreinte® ADEME v23
- Bilan Carbone® (méthode ABC, Bilan Carbone® V9) sur les scopes 1, 2 et 3
- Cadrage méthodologique pour aligner les pratiques internes avec la méthodologie DGE
- Audit ACV de second avis avant remontée à l’acheteur public
- Trajectoire de décarbonation alignée SBTi et ACT Pas à Pas
Vos marchés publics de médicaments sont-ils prêts pour l'obligation carbone d'août 2026 ?
Foire aux questions (FAQ)
L'éco-score du médicament est-il déjà obligatoire ?
Non, pas encore. Le score peut être intégré comme critère d’évaluation des offres dès le premier trimestre 2026 sur les 18 molécules pilotes. L’intégration d’un critère environnemental devient obligatoire dans les marchés publics à compter d’août 2026, en application de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021.
Quelle différence avec le Nutri-Score ?
Le Nutri-Score est une notation alphabétique simplifiée destinée au grand public. Le score carbone médicament est une mesure quantitative en kg CO₂éq par présentation, destinée d’abord aux acheteurs publics et aux industriels. Il ne s’affiche pas sur la boîte.
Quels postes d'émission sont couverts par la méthodologie ?
Le périmètre couvre l’ensemble du cycle de vie : production des principes actifs et des excipients, conditionnement primaire et secondaire, distribution, dispensation, usage par le patient, fin de vie. Les facteurs d’émission de référence figurent dans le guide DGE.
Quelle pondération du critère carbone dans les marchés ?
La pondération est arbitrée par chaque acheteur. Le Shift Project recommande au moins 10 % de la note globale d’évaluation. Des pondérations plus élevées sont possibles selon la criticité du carbone pour la molécule concernée.
Comment se préparer dès aujourd'hui ?
Trois actions prioritaires : cartographier les molécules les plus exposées au critère carbone, structurer la collecte de données ACV en amont chez les sous-traitants, sécuriser un protocole de calcul interne aligné sur la méthodologie DGE.
L’éco-score permettra-t-il de comparer deux médicaments ?
L’objectif de l’éco-score est effectivement, à terme, de comparer l’empreinte carbone de deux médicaments ayant les mêmes effets thérapeutiques et présentant des caractéristiques équivalentes. Le LEEM insiste cependant sur l’importance de ne pas réduire le choix d’un médicament à son seul critère environnemental. Le critère sanitaire restera toujours prédominant, notamment au regard du service médical rendu, de l’efficacité thérapeutique, de la sécurité du patient, de la qualité des soins, de la disponibilité des traitements et des enjeux de continuité d’approvisionnement. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il n’est pas question d’afficher l’éco-score directement sur la boite de médicament.
L’éco-score a donc vocation à devenir un critère complémentaire d’aide à la décision, pour les achats hospitaliers, et non un unique critère de sélection.
Est-ce que ce l’éco-score concerne aussi les dispositifs médicaux ?
Pas encore sous la forme d’un dispositif réglementaire obligatoire comparable à celui en développement pour les médicaments. En revanche, les dispositifs médicaux font désormais l’objet d’une méthodologie dédiée : l’AFNOR SPEC 2313, dite « Index DM Durable » (IDMD).
Développé par le Snitem et le C2DS, cet index vise à permettre aux acheteurs hospitaliers de comparer des dispositifs médicaux ayant une même finalité selon des critères environnementaux et sociaux.
La méthodologie repose sur plusieurs grands critères :
- Émissions de gaz à effet de serre,
- Consommation d’eau,
- Gestion des déchets,
- Toxicité et bioaccumulation,
- Conditions de travail,
- Inclusion et diversité.
L’Index DM Durable est aujourd’hui d’application volontaire, mais il a clairement vocation à accompagner l’intégration progressive de critères environnementaux dans les achats hospitaliers, notamment dans le cadre de la loi Climat et Résilience et des obligations de verdissement des marchés publics à partir de 2026.
Tous les dispositifs médicaux ne sont toutefois pas encore concernés. Certains périmètres restent exclus à ce stade, notamment :
- Les équipements lourds,
- Les dispositifs médicaux numériques,
- Et Les dispositifs de diagnostic in vitro (DIV).
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