Les opérations spécifiques CEE constituent un levier clé afin de financer des projets d’efficacité énergétique, cependant leur mise en œuvre repose sur une méthodologie rigoureuse à bien savoir appréhender.  

Conditions d’éligibilité, cas d’usage concrets, étapes de la démarche, contenu du dossier technique et erreurs à éviter : cet article vous apporte une vision complète pour comprendre, structurer et sécuriser vos opérations spécifiques CEE. 

Les opérations spécifiques CEE : définition et principe

Qu’est-ce qu’une opération spécifique CEE ? 

Dans le cadre du dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), les opérations spécifiques valorisent des actions d’efficacité énergétique qui ne relèvent pas des fiches d’opérations standardisées. 

Contrairement aux opérations standardisées, les économies d’énergie ne sont pas prédéfinies. Elles doivent être calculées au cas par cas. 

Ces opérations spécifiques nécessitent ainsi la constitution d’un dossier technique détaillé, permettant de justifier les économies d’énergie générées et le volume de CEE correspondant. 

Exemples concrets d’opérations spécifiques CEE

Il existe différents types d’opérations spécifiques, mais les plus couramment rencontrées sont les suivantes :

Récupération de chaleur fatale industrielle  

Ces opérations consistent à récupérer la chaleur issue de procédés industriels afin de la réutiliser sur le site. Ces systèmes permettent de réduire la consommation d’énergie en valorisant une énergie jusqu’alors perdue. Cela concerne notamment : 

  • Récupération de chaleur sur fours industriels ;   
  • Récupération de chaleur fatale sur des fumées industrielles issues de procédés spécifiques ;
  • Récupération de chaleur sur groupes frigorifiques.  

Optimisation énergétique d’un procédé industriel  

Ces opérations visent à améliorer la performance énergétique de procédés existants. Elles permettent de réduire les consommations d’énergie sans modifier la production. Cela inclut notamment : 

  • Remplacement d’équipements énergivores du procédé par des équipements plus performants (moteurs, systèmes de chauffe, etc.) ; 
  • Mise en place de systèmes de régulation permettant d’adapter le fonctionnement aux besoins réels (variation de vitesse, automatisation, pilotage) ; 
  • Modification de la configuration du procédé (enchaînement des étapes, conditions opératoires, récupération interne d’énergie) afin d’en améliorer l’efficacité énergétique. 

D’autres types d’opérations peuvent également être valorisés, dès lors qu’ils génèrent des économies d’énergie mesurables et qu’ils ne relèvent pas d’une fiche standardisée. 

Quelles sont les conditions d’éligibilité aux opérations spécifiques CEE ?

Dans quels cas recourir à une opération spécifique CEE ?

Volume important d’économies d’énergie générées

Les opérations spécifiques concernent des projets générant des économies d’énergie significatives sur la durée de vie des équipements, de l’ordre de plus de 20 GWh cumac  d’économies sur la durée de vie de l’installation.

Absence de fiche d’opération standardisée adaptée

Une opération spécifique est utilisée lorsqu’aucune fiche existante ne correspond au projet ou lorsque les conditions techniques ne permettent pas d’appliquer une fiche standardisée.

Temps de retour brut (TRB) supérieur à 3 ans

Le projet doit obligatoirement présenter un temps de retour brut (TRB) supérieur à 3 ans, ce qui permet de justifier le recours à un dispositif incitatif comme les CEE.

Action n’entraînant pas de hausse significative des émissions de gaz à effet de serre

L’opération doit s’inscrire dans une logique d’amélioration de la performance énergétique, sans dégrader le bilan carbone global du site.

Le cas particulier des sites industriels soumis au système EU-ETS 

Opération spécifique obligatoire pour les actions liées aux quotas gratuits  

Les opérations portant sur des activités éligibles aux quotas gratuits de CO₂ doivent être valorisées en opérations spécifiques, même lorsqu’une fiche standardisée existe.  

En effet, pour les sites soumis au système EU-ETS, certaines activités industrielles bénéficient de quotas gratuits d’émissions de CO₂. Lorsque les actions d’efficacité énergétique concernent directement ces activités, les économies d’énergie ne peuvent pas être valorisées via une fiche standardisée. 

Doivent suivre les lignes directrices LD-ETS  

Les opérations spécifiques doivent respecter les lignes directrices spécifiques applicables aux sites soumis au système EU-ETS (LD-ETS). Ces lignes directrices définissent les exigences relatives à la méthodologie de calcul des économies d’énergie, à la détermination de la situation de référence, ainsi qu’aux modalités de justification et de suivi des performances énergétiques. 

Les étapes de la demande pour une opération spécifique CEE

La valorisation d’une opération spécifique CEE repose sur une démarche structurée, nécessitant une justification technique détaillée des économies d’énergie. 

Étape 1 : Réaliser un audit énergétique ou disposer d’une certification ISO 50001

Réaliser un audit énergétique constitue une première étape, car cela permet d’identifier les gisements d’économies d’énergie et de caractériser la situation initiale du site.

Lorsqu’un système de management de l’énergie est mis en place, la revue énergétique peut être utilisée pour structurer l’analyse et fiabiliser les données.

Étape 2 : Réaliser une étude de faisabilité 

Une étude de faisabilité est réalisée afin d’évaluer les économies d’énergie attendues. Elle repose sur des hypothèses de fonctionnement qui permettent notamment d’estimer le temps de retour brut (TRB) de l’opération. 

Elle s’appuie sur la définition d’un plan de comptage permettant d’établir une situation de référence (fonctionnement actuel) et de préparer la validation des gains énergétiques après mise en œuvre de l’action. 

Attention : pour être éligible aux CEE, il est impératif d’avoir contractualisé avec un obligé avant de signer tout devis travaux.

Étape 3 : Mettre en œuvre l’opération et prouver sa réalisation 

L’opération doit être mise en œuvre conformément aux hypothèses définies lors de l’étude. Le porteur de projet doit ensuite rassembler les éléments permettant de justifier la réalisation effective des travaux.  

Le plan de comptage défini en amont permet alors de mesurer les performances réelles et de valider les gains énergétiques obtenus 

Étape 4 : Constituer le dossier technique 

Un dossier technique détaillé doit être constitué afin de justifier les économies d’énergie générées. Ce dossier constitue la base de l’instruction par le PNCEE et doit permettre de démontrer la cohérence de la méthodologie utilisée. 

Étape 5 : Faire instruire le dossier par le PNCEE 

Le dossier est transmis au Pôle national des Certificats d’Économies d’Énergie (PNCEE), l’organisme en charge de l’instruction des dossiers CEE. Celui-ci vérifie la cohérence technique du projet, la méthodologie de calcul et la justification des économies d’énergie. Des demandes de compléments peuvent être formulées. 

Étape 6 : Obtenir la validation et la délivrance des certificats 

Après validation, les certificats d’économies d’énergie sont délivrés sur la base des économies d’énergie en kWh cumac déterminées à partir de mesures réelles.

ETAPES_CEE-SPECIFIQUES.

Que contient le dossier technique d’une opération spécifique ? 

Le dossier technique constitue l’élément central d’une opération spécifique. Il permet de justifier les économies d’énergie générées et de démontrer la cohérence de la méthodologie utilisée. 

Description du contexte et de l’activité du site 

Cette partie présente :  

  • le site 
  • son activité  
  • le service rendu (production, usage, procédé).  

Elle permet de comprendre le fonctionnement global de l’installation et les postes de consommation énergétique associés. 

Description de l’opération 

L’opération doit être décrite de manière détaillée en précisant : 

  • les équipements concernés, 
  • le procédé impacté, 
  • le périmètre de l’intervention. 

L’objectif est de comprendre précisément la modification apportée et son impact sur la consommation énergétique. 

Résumé du rapport d’audit énergétique

Le dossier doit inclure un résumé de l’audit énergétique, réalisé en amont du projet. 

Cet audit doit notamment : 

  • être récent (moins de 4 ans) ; 
  • reposer sur des données mesurées autant que possible ; 
  • présenter plusieurs solutions techniques avec leurs performances et coûts associés. 

Description de la situation initiale 

La situation initiale décrit le fonctionnement du site avant travaux, sur une période représentative (généralement 3 ans). 

Elle inclut : 

  • les consommations énergétiques ; 
  • les niveaux de production ;  
  • les facteurs d’influence (climat, activité, etc.). 

Description de la situation de référence 

La situation de référence correspond à la situation la plus probable en l’absence du projet.

Elle permet :

  • de calculer les économies d’énergie ;
  • de justifier le caractère performant de l’opération ;

Elle doit être argumentée (référence marché, réglementaire ou technique).

    Description de la situation après travaux 

    Cette partie décrit la solution mise en œuvre pour améliorer l’efficacité énergétique de l’installation. 

    Elle repose sur : 

    • le dimensionnement du projet ;  
    • les hypothèses de fonctionnement ;  
    • les bilans énergétiques avant/après. 

    Calcul du gain énergétique et du gain GES 

    Les économies d’énergie sont calculées par la différence entre la situation de référence et la situation après travaux.

    Gain = consommation de référence – consommation après travaux

      Durée de vie de l’opération 

      La durée de vie des équipements est estimée afin de calculer les économies cumulées (généralement 10 à 15 ans en industrie). Elle doit être justifiée (normes, retours d’expérience, garanties, etc.).

        Calcul du montant des CEE 

        Le volume de certificats d’économies d’énergie est déterminé à partir des économies d’énergie générées par l’opération sur toute sa durée de vie.

        Gain énergétique annuel × durée de vie actualisée

        Le résultat est exprimé en kWh cumac, l’unité de référence du dispositif CEE.

          Calcul du temps de retour brut (TRB) 

          Le Temps de Retour Brut (TRB) correspond au temps nécessaire pour amortir l’investissement grâce aux économies d’énergie réalisées. Il est calculé à partir du surcoût d’investissement par rapport à une situation de référence* et les économies financières annuelles générées par l’opération.

          *La situation de référence peut correspondre soit à la situation initiale du site (avant projet), soit à une situation typique d’acteurs comparables.

          Pour être éligible au dispositif des opérations spécifiques, le TRB doit obligatoirement être supérieur à 3 ans.

          Les erreurs fréquentes dans les dossiers d’opérations spécifiques CEE 

          Selon l’ADEME, 70 % des dossiers d’opérations spécifiques font l’objet de demandes de compléments techniques lors de leur instruction. Ces demandes sont généralement liées à des insuffisances dans la justification : 

          Absence d’audit énergétique ou audit insuffisant 

          Un audit énergétique incomplet ou trop ancien peut fragiliser l’ensemble du dossier. Il doit reposer sur des données fiables et permettre d’identifier clairement les gisements d’économies d’énergie. 

          Mauvaise définition de la situation de référence

          La situation de référence est un élément central du calcul des économies d’énergie. Une description mal justifiée peut entraîner une remise en cause des gains annoncés. 

          Justification insuffisante de la durée de vie des équipements 

          La durée de vie de l’opération conditionne directement le volume de CEE attribué. Une durée incohérente peut conduire à une révision des économies calculées. 

          Écart entre économies théoriques et mesures réelles 

          Un écart important entre les économies estimées et les performances réellement observées peut remettre en cause la crédibilité du dossier. Les économies d’énergie doivent être justifiées à partir de données fiables et vérifiables, reposant notamment sur des données mesurées issues d’un plan de comptage adapté. 

          La mise en place d’un plan de comptage est ainsi déterminante pour assurer la cohérence entre les économies calculées et les résultats réellement observés. 

          CEE spécifiques: NEPSEN vous accompagne 

          NEPSEN vous accompagne à   

          • Réaliser un audit énergétiqueou obtenir la certification ISO 50001;  
          • Étudier la faisabilité de votre projet ;  
          • Suivre la réalisation de vos travaux et mesurer les gains énergétiques ;  
          • Monter et valoriser le dossier CEE spécifiques. 

          Les opérations spécifiques ne se limitent pas à une démarche administrative : c’est une approche sur mesure pour améliorer sa performance énergétique. Bien construites, elles permettent de transformer des projets complexes en opportunités concrètes de financement et d’optimisation. 

          L’enjeu est dans la capacité à structurer un dossier technique robuste et fondé sur des hypothèses fiables.  Avec un accompagnement dédié, vous sécurisez votre dossier, maximisez vos gains énergétiques et valorisez pleinement votre projet dans le cadre des CEE.  

          Vous souhaitez valoriser vos projets d’efficacité énergétique ?

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          Foire aux questions (FAQ)

          Comment est calculé le montant estimatif des CEE ? 

          Le montant des CEE dépend des économies d’énergie générées par l’opération. Celles-ci sont estimées en kWh cumac à partir de la différence entre la situation de référence et la situation après travaux, sur toute la durée de vie de l’installation. 

           Combien de temps dure l’instruction d’un dossier d’opération spécifique ? 

          L’instruction d’un dossier par le Pôle National des Certificats d’Economies d’Energie (PNCEE) peut prendre plusieurs mois. En pratique, elle varie généralement entre 6 et 12 mois selon la complexité du projet et la qualité du dossier. 

          Un dossier bien préparé permet de limiter les demandes de compléments du PNCEE et d’accélérer le processus d’instruction. 

           

          Faut-il contractualiser avec un obligé avant de lancer les travaux ?

          Oui. Pour être éligible au dispositif des CEE, il est impératif de contractualiser avec un obligé (ou délégataire) avant la signature du devis ou le lancement des travaux. À défaut, les certificats ne pourront pas être valorisés. 

          Quel est le délai pour déposer une demande de CEE ? 

          La demande de CEE doit être déposée dans un délai maximal de 12 mois après la date d’achèvement de l’opération. Ce délai permet de rassembler l’ensemble des pièces justificatives nécessaires. 

          Les économies d’énergie doivent-elles être vérifiées après les travaux ?  

          Les économies d’énergie doivent être justifiées dans le dossier technique à partir de calculs détaillés, reposant sur des données fiables et vérifiables. 
          Un suivi des performances, incluant des mesures ou des données d’exploitation, permet de vérifier la cohérence entre les économies estimées et les résultats réellement obtenus. 

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