Décarboner les bâtiments. Transformer l’industrie. Réinventer nos systèmes énergétiques. La transition écologique exige une mobilisation massive de compétences techniques. Or, dans l’ingénierie, les femmes restent encore largement sous-représentées.
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, posons la question sans détour : la place des femmes dans la transition énergétique est-elle une simple posture de communication ou un véritable levier d’efficacité pour l’ingénierie ?
Dans un marché de l’emploi déjà sous tension, ignorer ou freiner les talents féminins n’est plus seulement une question d’inégalité.
C’est une erreur stratégique majeure.
Car la réussite des objectifs climatiques ne dépend pas uniquement des technologies disponibles ou à inventer. Elle dépend aussi de notre capacité à mobiliser toutes les compétences nécessaires pour les concevoir, les déployer et les faire fonctionner à grande échelle.
Où en est réellement la mixité dans les métiers de l’ingénierie de la transition énergétique ? Quels freins persistent, de l’orientation scolaire aux réalités du terrain ? Et pourquoi ce sujet engage-t-il directement la performance du secteur ?
Pour répondre à ces questions, il faut regarder à la fois les chiffres, les parcours, les obstacles structurels mais aussi les expériences de celles qui vivent ces réalités au quotidien chez NEPSEN.
État des lieux : un secteur en mutation structurelle
L’accélération de la décarbonation (RE2020, neutralité carbone 2050) complexifie les modélisations : il ne s’agit plus seulement d’isoler, mais de piloter l’interaction entre l’enveloppe, les systèmes et les usages. Cette technicité accrue exige des ingénieur·es capables d’intervenir sur l’ensemble du cycle de vie des projets.
Pourtant, alors même que les enjeux d’inclusion sont désormais largement reconnus, le secteur reste confronté à une double réalité : une forte tension sur les recrutements, et une féminisation encore limitée.
Selon l’enquête de l’association Ingénieurs et Scientifiques de France (IESF) en 2025, la France compte 1,2 million d’ingénieurs, mais le taux de féminisation stagne à 24 %. Dans la construction (19 %) et l’énergie (23 %), le déficit de profils féminins est un frein direct à la massification des solutions décarbonées.
J’ai choisi ce secteur avant tout pour l’impact concret que je pouvais avoir sur le confort des usagers. Mon souhait était d’exercer un métier où je me sentirais véritablement utile, tant sur le plan social qu’écologique. Personnellement, la question de mon genre ne s’est pas posée d’emblée : l’essentiel, à mes yeux, est de s’épanouir dans une profession qui nous correspond. Même si cela implique parfois de devoir se battre pour affirmer sa légitimité et sa place, je reste convaincue que c’est au monde professionnel d’évoluer. Ce n’est pas à moi de douter de ma propre présence ici.
Laura Mallet – Ingénieure Chargée d’affaires, NEPSEN Bâtiment
Une féminisation en progression réelle… mais partielle !
La place des femmes évolue, mais l’analyse par fonction révèle des disparités structurelles persistantes. Dans le bâtiment, l’étude 2024 de l’Observatoire des métiers du BTP en Île-de-France indique que la présence féminine reste majoritairement cantonnée aux fonctions administratives : 93 % des entreprises employant des femmes les affectent à ces postes. À l’inverse, les métiers de production et de terrain ne captent que 2 % des recrutements féminins.
Le constat est similaire dans les énergies renouvelables (IRENA 2024-2025) : si les femmes occupent 32 % des emplois, leur part chute à 28 % dès que l’on touche aux métiers de pointe liés aux disciplines STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques). Ce décalage souligne la nécessité d’une intégration plus profonde dans les rôles d’innovation et de conduite de travaux, au-delà des fonctions support.
La féminisation avance, mais elle ne transforme encore que marginalement le cœur technique et opérationnel de l’ingénierie.
Très tôt, j’ai compris que pour briser les idées reçues et gagner en crédibilité, il fallait s’impliquer sur le terrain : mettre la main à la pâte, manipuler des équipements ou porter des charges sans rechigner. En montrant que l’on n’a pas peur de se confronter à la réalité physique du métier, on gagne le respect et le soutien des équipes. Ils deviennent alors de précieux alliés. Si le rôle de maître d’œuvre chez NEPSEN offre moins d’occasions de « mettre les mains dans le cambouis », il reste essentiel de démontrer une compréhension fine des contraintes opérationnelles. En facilitant leur travail par une connaissance réelle de leurs problématiques, on instaure une réciprocité : ils s’investissent davantage pour nous en retour. Paradoxalement, c’est souvent la dimension « bureau » qui s’avère la plus complexe à naviguer. S’imposer dans une réunion exclusivement masculine, oser formuler ses idées et garantir leur écoute demande une tout autre forme d’affirmation. Prouver sa pertinence technique dans ces échanges feutrés est un défi quotidien, parfois plus exigeant que la confrontation directe sur le chantier.
Clara BARGEOT-GUICHARD, Ingénieure Chargée de projet, NEPSEN Énergie
Pourquoi la mixité est-elle cruciale pour la transition énergétique ?
La transition ne se limite pas à la production décarbonée ; elle repose sur la sobriété et l’efficacité de l’existant. Dans cette perspective, la mixité du secteur de l’énergie est un gage de pertinence technique. L’argument n’est pas moral, il est pragmatique :
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- Réduction des biais de conception : Une équipe homogène a tendance à concevoir des solutions basées sur ses propres habitudes. En revanche, la mixité (genre, origine, parcours) permet d’intégrer des réalités d’usage différentes, notamment dans le logement social ou la santé, où les besoins de confort thermique et d’ergonomie varient selon les occupants.
- Impact social : Les enjeux de précarité énergétique et de vulnérabilité environnementale touchent souvent en premier lieu les femmes, notamment dans les foyers modestes ou monoparentaux. Intégrer ces réalités dans la conception des politiques énergétiques et des projets techniques permet de mieux adapter les solutions aux situations concrètes vécues par les usagers.
Si la valeur ajoutée de la mixité est indiscutable sur le terrain et dans la conception, son déploiement se heurte encore à une réalité plus précoce : un déficit de profils qualifiés qui prend racine dès le parcours scolaire.
Des freins qui commencent dès l’école et persistent dans les carrières
Cette féminisation de l’ingénierie se heurte à un déficit de profils qui ne commence pas à l’entrée dans la vie professionnelle. Il prend racine bien plus tôt, dès le parcours scolaire. Selon les analyses du Collectif Maths&Sciences basées sur les données de la DEPP, la réforme du lycée de 2019 a eu un impact critique : entre 2019 et 2022, le nombre de filles suivant un cursus scientifique à forte dose de mathématiques a été divisé par deux.
Ce décrochage limite mécaniquement la mixité en écoles d’ingénieurs : les chiffres du Ministère de l’Éducation nationale pour l’année scolaire 2023-2024 indiquent que les filles ne représentent que 14 % des effectifs en spécialité « Mathématiques et Sciences de l’ingénieur ».
Quant à l’enseignement supérieur, si les écoles d’ingénieurs affichent un taux de féminisation moyen de 28%, les spécialités liées à la thermique, à la mécanique ou à la structure — piliers de l’expertise de l’éconergéticien — restent moins plébiscitées que les sciences du vivant. Ce déséquilibre en amont se retrouve ensuite dans la faible présence des femmes dans les fonctions techniques et de direction au cœur des projets de transition énergétique.
Au-delà de l’orientation scolaire, d’autres obstacles continuent de peser sur les trajectoires professionnelles. Les métiers de terrain, les chantiers ou certaines fonctions techniques restent encore associés à des représentations historiquement masculines. Ces stéréotypes peuvent freiner l’accès aux postes de maîtrise d’œuvre, aux responsabilités techniques ou à la conduite de projets complexes.
La question de l’accès aux réseaux professionnels joue également un rôle. Dans de nombreux secteurs techniques, les opportunités de progression reposent en partie sur des dynamiques de mentorat, de recommandation ou de visibilité professionnelle, dont les femmes ont longtemps été plus éloignées.
Ces différents facteurs contribuent à expliquer pourquoi la féminisation progresse, mais transforme encore lentement le cœur technique et opérationnel des métiers de l’ingénierie énergétique.
L’efficacité repose souvent sur la capacité à être concise et à aller droit au but, tout en gardant une certaine distance face aux aléas ou aux émotions du terrain. Selon mon expérience, les femmes apportent une valeur ajoutée spécifique : une aptitude naturelle à gérer la charge mentale collective et une empathie qui fluidifie les échanges. Ces compétences organisationnelles, souvent très développées, s’accompagnent d’un sens du contact aiguisé qui privilégie la résolution de problèmes plutôt que les rapports de force ou de conflit.
Maëllis LE CLOEREC – Ingénieure Conseil, NEPSEN Bâtiment
Des héritages inspirants et des initiatives qui transforment le secteur

La biologiste américaine Rachel Carson, en 1962. ERICH HARTMANN/MAGNUM PHOTOS
Pourtant, l’histoire de l’écologie et de la protection de l’environnement rappelle que les femmes ont joué un rôle déterminant dans la prise de conscience écologique mondiale.
Rachel Carson, biologiste et autrice de Silent Spring en 1962, a profondément marqué la compréhension des impacts des pesticides sur les écosystèmes et contribué à structurer les premières politiques environnementales modernes. Au Kenya, Wangari Maathai a fondé le Green Belt Movement, mobilisant des milliers de femmes autour de programmes de reforestation et de préservation des ressources naturelles, une initiative qui lui vaudra le prix Nobel de la paix en 2004. En Inde, le mouvement Chipko a vu des femmes villageoises se mobiliser pour protéger les forêts en empêchant physiquement l’abattage des arbres.
Ces exemples rappellent que l’engagement des femmes dans les enjeux environnementaux ne relève pas d’une dynamique récente. Il s’inscrit dans une histoire longue de mobilisation, d’innovation et de transformation sociale.
Aujourd’hui, de nombreuses initiatives contribuent à faire évoluer les équilibres dans les métiers de l’énergie et de l’ingénierie. Des réseaux professionnels tels que Women in Energy ou le Global Women’s Network for the Energy Transition (GWNET) favorisent le mentorat, le partage d’expérience et la visibilité des parcours féminins dans ces secteurs.
Parallèlement, les entreprises, les écoles d’ingénieurs et les organisations professionnelles développent des programmes visant à encourager les vocations scientifiques, à accompagner les débuts de carrière et à faciliter l’accès aux responsabilités techniques.
Ces initiatives participent progressivement à transformer les représentations et à élargir l’accès des femmes aux métiers de la transition énergétique — un enjeu essentiel pour répondre aux défis techniques, environnementaux et industriels des prochaines décennies.
J’ai débuté ma carrière chez Eiffage, un environnement de travaux encore plus masculin que celui des bureaux d’études. À l’époque, j’avançais sans même m’interroger sur cette omniprésence masculine, jusqu’à ce que je rencontre mon premier « modèle » : une ancienne stagiaire devenue cheffe de projet. Sa compétence et sa débrouillardise dans cet environnement m’ont immédiatement permis de me projeter. C’est en la voyant agir que je me suis dit : « L’année prochaine, je serai à sa place »
Clara BARGEOT-GUICHARD, Ingénieure Chargée de projet, NEPSEN Énergie
L’engagement NEPSEN pour une ingénierie mixte
Société à mission, NEPSEN place l’expertise technique et la compétence au cœur de ses pratiques de recrutement et d’évolution professionnelle. Sans distinction de genre.
Cette culture de la transparence, validée par notre Index d’égalité professionnelle – qui oscille entre 91 et 99 selon les années – se matérialise par plusieurs marqueurs :
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- Priorité aux responsabilités techniques : Qu’il s’agisse d’ingénierie en énergies renouvelables, de maintenance industrielle ou de gestion de projets bâtimentaires, l’évolution chez NEPSEN repose exclusivement sur la rigueur scientifique et l’expérience terrain. Cette culture de l’exigence opérationnelle permet à chaque collaborateur et collaboratrice d’être reconnu pour sa capacité à concevoir, piloter et mettre en œuvre des solutions énergétiques performantes.
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- Vision globale et systémique : Chaque collaborateur·rice – que nous appelons « éconergéticien·ne » – intervient avec une approche systémique des projets, portant une vision globale de l’empreinte environnementale. De l’industrie éco-efficiente au bâtiment durable, cette approche intègre l’ensemble des leviers (technique, carbone, usages) pour garantir une transition cohérente, de la conception à l’exploitation.
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- Accompagnement et montée en compétences : Via le programme interne « NEPSCHOOL », NEPSEN propose des formations destinées à accompagner les parcours professionnels et à renforcer les compétences relationnelles. Certaines sessions, comme le module « gestion des conflits » incluent un volet spécifique sur le sexisme ordinaire, afin de donner aux jeunes ingénieures des outils concrets ,dès leur début de carrière, pour identifier, désamorcer et réagir avec assurance aux situations inappropriées rencontrées sur le terrain.
À seulement 24 ans, je me suis retrouvée à diriger seule les réunions de chantier d’un projet d’envergure. Face à cinq interlocuteurs masculins ayant tous plus de quarante ans, j’ai dû apprendre à gérer les imprévus et à imposer mes solutions techniques. L’exercice n’était pas simple, mais la confiance que l’on m’a témoignée a tout changé. Savoir que j’étais épaulée et que je pouvais compter sur des conseils avisés pour mes prises de décision m’a permis de gagner en assurance et de m’affirmer pleinement dans mon rôle.
Anonyme – Ingénieure Chargée d’affaires, NEPSEN Bâtiment
Réussir la transition énergétique ne dépend pas uniquement des technologies ou des réglementations. Elle repose aussi sur la capacité à mobiliser les compétences nécessaires pour transformer les bâtiments, les industries et les systèmes énergétiques.
Dans un secteur déjà fortement sous tension sur les profils techniques, se priver d’une partie du vivier de talents serait un non-sens.
La place des femmes dans la transition énergétique n’est pas une option, mais une condition pour réussir la transition éconergique.
Vous souhaitez mettre votre expertise au service de la transition écologique ?
Pour aller plus loin…
Index égalité professionnelle 2025 NEPSEN
En 2025, NEPSEN atteint 97/𝟏𝟎𝟎 à l’index de l’égalité professionnelle Femmes-Hommes. On continue à agir pour s’améliorer.
Enquête du Club des Femmes du Bâtiment (clotûre le 10 avril) :
Pour nourrir la réflexion collective et préparer au mieux le webinaire « Travailler dans le monde du bâtiment : misogynie ou plaisanterie ? », le Club des Femmes du Bâtiment lance une grande enquête auprès des professionnels du secteur.
Sources de l’article :

