La performance énergétique des bâtiments s’est imposée comme critère central dans la rénovation et la conception du parc tertiaire. Elle s’invite dans les réglementations, les audits, les certifications et les appels d’offres. Pourtant, réduire la performance d’un bâtiment à sa seule consommation énergétique conduit souvent à une vision incomplète de son fonctionnement.
Un bâtiment performant n’est pas uniquement un bâtiment qui consomme peu. C’est un bâtiment capable de rendre le bon service, au bon moment, avec le minimum d’énergie, de carbone et de complexité d’exploitation.
Performance énergétique des bâtiments commence par le service réellement rendu
Un bâtiment souvent vide, mais toujours en fonctionnement
Un immeuble de bureaux est souvent conçu et exploité comme s’il devait être performant en permanence. Pourtant, il n’est réellement utilisé qu’une partie minoritaire de l’année.
Sur les 8 760 heures que compte une année, un bâtiment de bureaux classique est occupé environ 3 120 heures, soit moins de 36 % du temps. Le reste correspond à des nuits, des week-ends, des jours fériés ou des vacances. Les systèmes techniques devraient, en théorie, ne consommer presque rien durant ces 5 640 heures de non-service.
Un bâtiment de bureaux est occupé
moins de 36% du temps
En pratique, de nombreux bâtiments continuent de chauffer, de ventiler, de rafraîchir ou d’éclairer des espaces. Ces consommations, souvent discrètes car réparties tout au long de l’année, représentent l’un des premiers gisements d’économies d’énergie.
Cas terrain NEPSEN : quand un bâtiment consomme sans rendre de service
NEPSEN a étudié un hôtel de montagne ouvert seulement quatre mois par an. Pendant les huit mois de fermeture, l’établissement était vide. Cette période représentait pourtant :
- 29 % de sa consommation électrique annuelle ;
- 13 % de sa consommation annuelle de chauffage.
Le bâtiment consommait donc de l’énergie sans rendre de service aux occupants.
Relier chaque consommation à un usage précis
L’analyse ne doit pas seulement chercher à déterminer combien consomme un bâtiment. Elle doit aussi identifier la finalité de chaque consommation. L’énergie peut servir à :
- Maintenir une température confortable ;
- Renouveler l’air intérieur ;
- Produire de l’eau chaude sanitaire ;
- Assurer un éclairage adapté ;
- Alimenter des équipements spécifiques.
Pascal Lenormand développe cette approche dans Design Énergétique® des bâtiments (Afnor Éditions, 2024). Il y rappelle qu’un système performant ne se définit pas uniquement par son rendement, mais par sa capacité à fournir le bon service au bon moment.
Concrètement, quatre principes permettent de guider cette recherche de performance :
- Démarrer les équipements uniquement lorsque le service est nécessaire ;
- Limiter les consommations pendant leur fonctionnement ;
- Arrêter les installations dès que le service n’est plus utile ;
- Viser une consommation aussi faible que possible pendant les périodes d’inoccupation.
Cette grille ramène donc l’analyse de la performance énergétique d’un bâtiment à l’usage réel, plutôt qu’au seul rendement nominal ou à la puissance installée.
Cas terrain NEPSEN : 86 MWh économisés sans investissement matériel
Sur un site industriel accompagné par NEPSEN, un relevé réalisé de nuit a permis d’identifier les équipements qui continuaient à consommer alors que l’activité était arrêtée. Après mise en œuvre du plan d’action, la puissance appelée la nuit a diminué de 100 kW, soit une économie de 86 MWh par an. Cela représente 9 500 € HT, ou 4,75 % de la facture annuelle d’électricité. Le seul investissement nécessaire a été le temps consacré à parcourir l’usine de nuit pour repérer les consommateurs inutiles.
Performance énergétique des bâtiments : une seule expression, plusieurs définitions
Le terme performance énergétique des bâtiments ne désigne pas la même réalité selon les acteurs qui participent à la vie d’un bâtiment car ils poursuivent des objectifs différents. Chacun évalue la performance à travers ses propres indicateurs et ses propres besoins, ou intérêts :
| Acteur | Ce qu’il appelle « performance » |
|---|---|
| Occupant | Confort, simplicité d’usage, qualité de l’environnement intérieur |
| Exploitant | Stabilité, coût d’exploitation, absence de dérives |
| Mainteneur | Accessibilité, simplicité, temps d’intervention limité |
| Investisseur | Valeur patrimoniale, risque maîtrisé, rendement durable |
| Direction RSE / énergie |
Réduction des consommations, baisse carbone, cohérence avec les engagements environnementaux |
Définition de la « performance énergétique » selon les acteurs
En soi, cette diversité n’est pas un problème. Elle reflète simplement la pluralité des usages et des responsabilités. Les difficultés apparaissent lorsque chaque acteur cherche à optimiser son propre indicateur sans considérer le fonctionnement global du bâtiment.
➤ L’enjeu de l’ingénierie ? Rendre ces différentes visions compatibles.
La performance ne peut pas être résumée à un indicateur unique. À l’inverse, elle résulte d’un équilibre entre :
- Le service rendu ;
- Les ressources mobilisées pour le produire ;
- La capacité du bâtiment à fonctionner durablement.
Alexandre SEVENET, Président de NEPSEN, déclare :
« Le vrai sujet, ce n’est pas l’étiquette, mais la performance réelle. Elle se conçoit en amont, en pensant le bâtiment comme un ensemble cohérent, adapté à ses usages et à ses occupants. »
Performance et confort thermique : le défi que l’ingénierie sous-estime
Les limites des indicateurs de température fixes
Le confort thermique est souvent résumé à une température intérieure. Dans les bâtiments tertiaires, il n’est pas rare que le pilotage des installations repose sur une simple consigne de 19 °C en hiver ou de 26 °C en été. Ce que beaucoup ignorent, c’est que cette consigne mesure uniquement la température de l’air. Elle ne renseigne ni sur la température des parois, ni sur les mouvements d’air, ni sur l’humidité. Ces seuils ne suffisent donc pas à décrire le confort des occupants.
Deux personnes présentes dans un même bureau peuvent percevoir différemment les mêmes conditions thermiques, même lorsque la température de l’air est identique. À l’inverse, une légère variation de température peut passer totalement inaperçue lorsque les autres conditions de confort sont réunies.
La perception du confort dépend également des habitudes de vie et des attentes des occupants. Comme le rappellent notamment Le peuple des frileux (Grasset, 2025) ou La Société du confort (L’Harmattan, 1990), notre rapport à la température évolue avec les modes de vie et inclut une dimension culturelle et comportementale.
De plus, l’article Energy consumption in buildings and female thermal demand (Kingma et van Marken Lichtenbelt, 2015) montre que les modèles de confort thermique reposent sur un métabolisme masculin de référence défini dans les années 1960. Or ce taux peut surestimer jusqu’à 35 % le métabolisme de nombreuses femmes. Cela explique pourquoi elles déclarent ressentir plus rapidement le froid dans les bureaux. Cette diversité rappelle qu’il n’existe pas une température de confort universelle.
L’objectif n’est donc pas de rechercher une température d’air unique, valable pour tous les bâtiments et tous les occupants. Il s’agit plutôt de créer les conditions d’un confort durable tout en limitant les ressources mobilisées pour y parvenir.
Cas terrain NEPSEN : Chauffer moins pour améliorer le confort d’un hall d’accueil
Dans un immeuble de bureaux, NEPSEN a étudié un hall représentant environ 10 % du volume du bâtiment, chauffé principalement pour une seule personne à l’accueil. Malgré de puissants ventilo-convecteurs, l’inconfort persistait en raison du rayonnement froid des murs-rideaux, qui formaient près de la moitié des parois visibles depuis le poste.
La solution a combiné des stores intérieurs sur le mur-rideau arrière et un panneau rayonnant au-dessus de la banque d’accueil. Les ventilo-convecteurs ont ainsi pu être arrêtés, avec un meilleur confort et une baisse d’environ 10 % de la consommation de chauffage du bâtiment.
La norme NF EN ISO 7730 : un outil de prédiction du confort peu utilisé
Pour mieux représenter le confort thermique, les ingénieurs disposent pourtant d’outils plus complets. La norme NF EN ISO 7730 permet notamment d’estimer la proportion d’occupants et occupantes susceptibles de se déclarer satisfait·es à partir de six paramètres :
En les combinant, il devient possible d’évaluer plus finement les conditions de confort thermique et d’anticiper les situations susceptibles de générer de l’inconfort.
Dans la pratique, la température de l’air reste pourtant l’indicateur le plus couramment utilisé. Son principal avantage est d’être simple à mesurer, ce qui explique sa place dans les stratégies d’exploitation.
Pour autant, se limiter à cette seule mesure revient à réduire un phénomène complexe à un indicateur unique. D’autres paramètres influencent tout autant le ressenti des occupants et peuvent expliquer des situations où un bâtiment respecte parfaitement sa consigne de température tout en générant des plaintes récurrentes. Cette observation illustre plus largement les limites d’une approche exclusivement fondée sur les indicateurs.
Vers une ingénierie du bâtiment orientée vers l’usage
Un bâtiment réellement performant est avant tout un bâtiment qui rend le service attendu par ses occupants, au moment où ils en ont besoin, tout en limitant les ressources nécessaires à son fonctionnement et en restant simple à exploiter dans la durée.
Cette approche suppose de considérer simultanément les usages, les systèmes techniques, le confort, l’exploitation et la maintenance. Elle conduit également à dépasser une logique de conformité pour construire une performance réellement durable.
En définitive, la performance énergétique des bâtiments ne consiste pas à empiler des équipements ou à optimiser un indicateur isolé. Elle repose sur un équilibre entre le service rendu, l’énergie consommée et la robustesse de l’exploitation. C’est cette cohérence d’ensemble qui permet à un bâtiment d’être à la fois sobre, confortable, pérenne et réellement performant.
Les consommations de votre bâtiment reflètent-elles réellement le service rendu aux occupants ?
NEPSEN vous accompagne les maîtres d’ouvrage pour relier consommations, confort, usages et exploitation, afin de construire des stratégies énergétiques cohérentes avec la réalité des bâtiments.
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