Expérimentation E+ C- : en route vers la RE 2020

Le Groupe NEPSEN au coeur de l’expérimentation E+C-.

Impliqué dans l’expérimentation du référentiel E+C-, le groupe NEPSEN compte parmi ses forces des spécialistes du carbone et
des thermiciens.
À mi-parcours, Thibault Laville, consultant sénior d’E6, pôle de compétences environnement du groupe, et Philippe Herbulot, directeur du Développement, font le point sur les évolutions
du métier d’ingénieur à attendre avec la RE2020.

(Entretien réalisé par CFP – Chaud Froid Performance)

CFP : L’expérimentation du label E+C- avance … Où en sommes-nous du calendrier prévisionnel ?

Thibault Laville : Toutes les dates annoncées sont confirmées. Les Pouvoirs publics souhaitent bien mettre en œuvre la RE2020 en 2020, ce qui induit une fin d’écriture des textes à la fin du pre­mier semestre 2019. Pour les bureaux d’études comme nous, impliqués dans l’expérimentation, qui va courir jusqu’en sep­tembre 2019, cela induit de produire les études techniques le plus tôt possible afin d’alimenter les discussions et la fin de la construc­tion de la réglementation environnementale (RE2020).

Quel est l’historique de votre cabinet en termes d’analyses de cycle de vie ?

T. L. : Le bilan carbone des bâtiments est né vers 2004-2005 et très rapidement nous avons été appelés par des constructeurs et des aménageurs afin de réaliser des bilans carbone d’opération. Dès cette époque, nous interpelions les observateurs et nos clients sur le fait que le gros de l’intelligence qu’on,investissait dans le bâtiment était sur la performance énergétique mais qu’on oubliait complètement une autre énergie consommée : celle de la construc­tion. Les aménageurs se posaient de bonnes questions, sur les desserves en trartsport en commun, les énergies biomasse … Mais à aucun moment ils n’évoquaient les matériaux. Nous les sensi­bilisions sur le fait que le surinvestissement pourrait être rebas­culé vers un impact significatif : les matériaux. Naturellement, lorsque les ACV bâtiment sont arrivées, nous avons accompa­gné certains bailleurs sociaux, 3F notamment, à s’interroger sur les impacts de leurs projets par rapport au périmètre d’une ACV bâtiment.

Vous faites partie du dispositif Obec*, quels sont ses enseignements ?

T. L. : Deux grandes initiatives sont pilotées par les ministères. L’Union sociale de l’habitat a lancé une grande opération où des porteurs de projets pour le logement social se sont engagés à se challenger sur les notions d’E+C-, avec des primes par logements certifiés. Par ailleurs, un ordre de mission a été donné par région dans le cadre l’Obec. Pour chacune des régions, les bureaux d’études référents doivent analyser 20 projets qui sont déjà sorties de terre et 10 projets en phase conception. Nous avons également pour rôle d’animer les réseaux de sensibilisa­tion, de communication et de formation autour de toute cette actualité-là. Nous sommes bureaux d’études référents sur deux régions, l’Ile-de-France et le Centre-Val de Loire. Nos 40 pro­jets sont bien engagés. Nous allons entrer dans l’analyse des modes constructifs, qui sont très hétérogènes, y compris pour un même usage. Si cela a l’avantage de nourrir l’observatoire Obec avec énormément d’informations pertinentes, cela com­porte toutefois l’inconvénient de ne pas simplifier les retours d’expérience, puisque nous nous trouvons face à une somme de projets incomparables les uns aux autres. Pour moi c’est là la limite de l’exercice Obec : il n’y a pas eu de définition d’une typologie à analyser. Des tendances vont se dessiner mais c’est vraiment la capitalisation de toute l’expérimentation à l’échelle des 13 régions qui va nous permettre de construire des bases de données intéressantes.

La majorité des bureaux d’études qui auront à faire des calculs ACV sont plutôt des thermiciens, vous êtes issus de la «culture» carbone : quelles sont les évolu­tions du métier à prévoir ?

T. L. : Notre travail n’a de la valeur que si l’on coopère. Un bâti­
ment est un millefeuille de compétences qui, semble-t-il, cherchent de plus en plus à travailler ensemble mais, dans les faits, chaque acteur intervient à un moment donné. Pour moi, la très grande faiblesse de la méthode c’est justement de faire intervenir au pied levé des experts, sur chacun des sujets. Alors que pour vraiment construire un projet qui a de la pertinence, il va falloir que les experts travaillent ensemble dès le départ, et ce dès les phases de programmation.
Pourtant, aujourd’hui, force est de constater qu’on nous inter­pelle dans des phases déjà avancées dans la conception du pro­jet. Nous effectuons donc notre travail de calcul, nous interpelons les acteurs sur les impacts et leurs origines, sauf que les architectes et les BE en énergie ont déjà tra­vaillé, l’économiste a déjà réalisé son chiffrage … Les marges de manœuvre restantes sont donc ultra réduites. On nous demande souvent d’intervenir sans avoir pré­venu les architectes ni les économistes. Nous demandons donc des données à ces acteurs, ce qui représente pour eux une charge de travail supplémentaire qui n’avait pas été prévue. Il y a donc déjà une confrontation qui se crée et qui n’est pas facile à gérer humainement. Par ailleurs, les porteurs de projets s’engagent auprès des territoires à atteindre des niveaux de performance E2Cl, voire plus performants. Et lorsque nous allons leur dire qu’ils n’y parviendront pas, cela a de lourdes conséquences pour eux, économiques mais aussi dans l’acceptation de leur projet. Une nouvelle tension se crée …

Qu’en est-il du côté des industriels ? Jouent-ils le jeu ?

T. L. : Il est important de rappeler que lorsque le référentiel E+C­
a été imaginé, le niveau Cl était censé être le standard de la construction française. Je me permets d’émettre des doutes sur l’échantillon qui a permis de calculer ce standard-là … Car il n’est pas si simple à obtenir, pour deux raisons. La première c’est qu’il faut quand même chercher de la performance pour aller sur du Cl ; la deuxième est qu’aujourd’hui il nous manque énormément de données des industriels. Le ministère a imaginé un système pour pallier l’absence de données des industriels. Mais ce sont des données génériques, les MDEGD. Ces données pénalisantes, de fait, disqualifient un projet. Or, en phase conception on ne sait pas quel produit va être investi. Pour un projet sur lequel nous avons aidé un porteur de projet à atteindre un score Cl, nous avons dit à l’architecte : «nous allons considérer que ce sont ces produits-là qui vont être mis en œuvre parce qu’avec des don­nés pénalisantes vous ne pouvez pas atteindre le Cl». Il y a une vraie question sur la façon dont seront organisés demain les calculs réglementaires parce que, d’après moi, le calcul en phase conception ne doit pas être le même qu’en phase livraison (la labellisation E+C- se fait en phase conception et après livraison, ndlr). Nous n’avons pas les mêmes outils, pas le même niveau de connaissance, donc il n’y a aucune raison qu’on soit strictement sur la même méthode. Or, pour l’instant, la méthode est unique.

Philippe Herbulot : Sauf si l’on imagine une approche numé­rique, et qu’on intègre la notion de Bim qui va permettre de fixer un certain nombre de règles en amont. Je vois une convergence de démarche où la prescription du produit va être très rapide­ment prise en compte dans les études des BE. Dans la notion de produit, le monde de la construction n’a pas encore pris la mesure de l’approche carbone. On ne constate l’impact carbone d’un pro­duit qu’au moment où l’on fait une première ACV. En revanche, un certain nombre d’industriels s’aperçoivent qu’il y a réellement des opportunités d’innovation autour de leurs produits, voire un transfert du produit à une notion de service. Et passer pourquoi pas d’une vente de produits à une location. Cela amène un chan­gement de vision de J’approche du bâti ment et les industriels vont s’apercevoir qu’ils vont gagner en performance carbone. La notion d’éco-conception donne de la vraie valeur d’impact carbone mais ne se fait pas en un jour. Si les industriels veulent avoir un modèle économique pérenne et ne pas vendre des prototypes à des prix exorbitants, ils vont devoir prendre la donnée temps en considé­ration. Ils doivent travailler dans ce sens avec les différents acteurs locaux. Dès à présent également, les acheteurs, bailleurs, pro­moteurs doivent intégrer dans la notion d’achat le surcoût poten- tiel de ces produits éco-conçus ou filière industrielle afin de baisser l’impact carbone et faire en sorte tout au moins travailler avec la que les prix restent constants. C’est un vrai enjeu.

C’est un vrai bouleversement qui se profile …

T. L. : Oui mais j’ai la sensation qu’en gardant l’organisation his­
torique des projets, avec un cloisonnement des différents métiers et expertises, on n’arrivera pas à atteindre les résultats à la hau­teur des ambitions.
P. H. : Autrement dit, si les acteurs traditionnels restent dans un état d’esprit cloisonné, ils n’y arriveront pas, mais, en revanche, d’autres acteurs vont émerger et se développer qui, eux, prendront le marché. Le métier de l’ingénierie aussi va être bou­leversé. Les thermiciens n’ont pas toujours une connaissance glo­bale de la construction. On a vu des calculs d’ACV où certains BE ne prenaient pas en compte l’impact du ferraillage du béton armé … Or, plus une ACV est incomplète, plus les résultats sont favorables au projet. Les BE qui avaient deux métiers, énergé­tique et environnement, vont devoir ne faire plus qu’un. On ne peut pas opérer une optimisation énergétique sans avoir la vue bas carbone, sinon cela donnera lieu à des va-et-vient continuels, avec des lenteurs et des coûts. Il est important que les BE s’ap­proprient J’approche carbone.

Selon vous, quelles sont les améliorationsà apporter à la démarche E+C- ?

T. L. : Mon premier besoin, en tant que BE, c’est que cela soit
mieux cadré pour être assuré que mon travail sera comparable à celui de nies confrères. Cela évitera ce qu’on a déjà connu sur d’autres réglementations, de bricoler les chiffres pour atteindre de bons résultats. La coopération entre les acteurs doit être amélio­rée car la difficulté est de trouver ma place et mon modèle de finan­cement. Il y a également une réflexion plus générale à mener sur la manière de se positionner, de former une équipe et de se rému­nérer afin que la valorisation soit à la hauteur du travail réalisé.

P. H. : Il faudrait également que la mobilisation des industriels de la filière soit plus forte autour des FDES. Beaucoup de FDES sont pilotées par des organisations professionnelles, pour des raisons de mutualisation des coûts. Mais ce n’est pas forcément un service à rendre aux industriels qui, du coup, ne pas va mener une réflexion sur l’éco-conception de ses produits, ainsi que l’avantage concurrentiel qu’il pourra en tirer sur le territoire. Les FDES collectives sont assez tendancieuses car l’on se coupe de l’innovation dont on va avoir besoin pour vraiment atteindre les objectifs fixés.

Entretien du Mois CFP  

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